14 janvier 2008
L'oraison selon saint Alphonse de Liguori
Qu'une âme se garde bien d'abandonner l'oraison quelle que soit la peine, le dégoût qu'elle puisse rencontrer dans la pratique de cet exercice : car l'abandonner serait s'exposer à perdre sûrement Dieu. Dût-elle ne pouvoir dire que ces mots : "Mon Dieu, secourez-moi ; mon Jésus, miséricorde !" Son oraison serait excellente et lui serait très profitable.
Sans l'oraison, l'âme est privée de lumière. Les vérités éternelles, étant des choses toutes spirituelles, ne peuvent être connues des yeux du corps, mais seulement des yeux de l'esprit : elles ne se perçoivent que par la pensée et la réflexion. Les personnes qui ne font point oraison ne voient pas ces vérités ; dès lors, elles ne comprennent pas l'importance du salut, ni ne savent les moyens à prendre pour y parvenir. Saint Bonaventure compare encore l'oraison à un miroir qui nous montre toutes les taches de notre âme ; et sainte Thérèse, écrivant à un évêque, disait : "Nous croyons quelquefois n'avoir aucune imperfection, mais Dieu vient-il à dessiller les yeux de notre âme, comme il a coutume de le faire dans l'oraison, nous en découvrons bientôt un grand nombre." Sans l'oraison, on n'a pas la force nécessaire pour résister aux ennemis de notre salut et pour pratiquer la vertu. L'oraison produit sur notre coeur ce que le feu produit sur le fer ; quand le fer est froid, il est résistant et difficile à travailler, mais si on le soumet à l'action du feu, il s'amillit et devient malléable sous le marteau du forgeron. Le péché a rendu notre coeur dur et indocile ; mais grâce à la douce influence de l'oraison, il devient tendre et docile. "L'oraison, dit saint Ignace de Loyola, est le plus court chemin pour atteindre à la perfection." Le progrès dans la perfection est proportionné au progrès dans l'oraison.
Méthode d'oraison selon saint Alphonse de Liguori
L'oraison comprend trois parties : la préparation, la méditation, et la conclusion.
I. Préparation
Tout d'abord disposez et votre esprit et votre corps à entrer dans un saint recueillement. Efforcez-vous de fixer votre attention ; n'abandonnez pas votre esprit à ses caprices. Dans la préparation on fait trois actes :
1) Acte de foi en la présence de Dieu, acte d'adoration. - Je crois, ô mon Dieu, que vous êtres présent là où je suis, et je vous adore de tout mon coeur.
2) Acte de contrition. -Ah! Mon Dieu, souveraine majesté, j'ai honte de paraître en votre présence : car bien des fois je vous ai offensé, en préférant à votre grâce un indigne plaisir, un sentiment de colère, un peu de terre, un caprice, un rien. Pardon, ô Jésus, au nom de votre sang répandu pour moi, je me repens bien sincèrement des outrages que je vous ai faits.
3) Acte de demande. -Père éternel, pour l'amour de Jésus et de Marie, donnez-moi vos lumières dans cette oraison, et faite qu'elle soit pour moi une source de grâces. On se recommande ensuite à la sainte Vierge par un Ave, ainsi qu'à saint Joseph, à son ange gardien, à son saint Patron. Que ces actes dit saint François de Sales, soient fervents, courts, afin de passer aussitôt à la méditation.
II. Méditation
Il est bon dans son oraison de se servir d'un livre de méditations, surtout dans les comencements. Il faut s'arrêter aux passages qui nous touchent davantage : il n'est pas absolument nécessaire de lire toute la méditation. Mais, comme dit saint François de Sales, "il faut en cela imiter les abeilles qui s'attachent à une fleur tant qu'elles trouvent du miel à sucer, et qui volent ensuite sur une autre." Saint Thérèse pendant dis-sept ans a agi ainsi : elle lisait un peu, puis méditait ; telle une colombe qui après avoir aspiré un peu d'eau, lève les yeux vers le ciel.
L'utilité de l'oraison consiste surtout :
1) Dans les affections. -Si après avoir médité un point, vous éprouvez quelque bon sentiment, élevez votre coeur à Dieu. Faites des actes d'humilité, de confiance, de remerciement, mais surtout des actes de contrition et d'amour : les actes de contrition et d'amour sont une chaîne d'or qui unit l'âme à Dieu. Dites par exemple : mon Dieu! je vous aime de tout mon coeur. Je ne veux que votre bon plaisir. Disposez de moi et de tout ce qui m'appartient, comme bon vous semblera.
2) Les prières. -Il est très utile, et peut-être préférable à quoi que ce soit, de faire de fréquentes prières dans l'oraison. On demande à Dieu les lumières dont on a besoin, la résignation, la persévérence, mais par dessous tout, son saint amour.
3) Les résolutions. -En terminant son oraison, il faut prendre une résolution spéciale, par exemple : de supporter les souffrances qui nous viennent de telle ou telle personne ; de se mortifier sur tel ou tel point. On doit renouveler la même résolution jusqu'à ce qu'on ait fait disparaitre ce défaut ou qu'on ait acquis cette vertu.
III. Conclusion
1) Remerciez Dieu des lumières que vous avez reçues.
2) Proposez-vous d'être fidèles à vos résolutions.
3) Demandez au Père éternel, au nom de Jésus et de Marie, la grâce de le persévérance.
Recommandez à Dieu, en terminant, les âmes du purgatoire ainsi que les pécheurs.
Saint Alphonse de Liguori
12 avril 2007
Lecture spirituelle.

Les pieuses lectures ne sont pas moins utiles à la vie spirituelle que l'oraison. "Cette lecture, nous dit saint Bernard, nous est utile pour la pratique et de l'oraison et des vertus." D'où il concluait "que la lecture et l'oraison sont des moyens par lesquels on triomphe de l'enfer et gagne le Ciel." La lecture pieuse nous fournit les lumières qui nous sont nécessaires pour échapper au piège du démonet de notre amour propre, en même temps qu'elle facilite notre soumission à la volonté de Dieu. C'est pourquoi saint Athanase disait: "Il n'est personne qui s'attache au service de Dieu, s'il ne s'adonne à la lecture spirituelle." Autant la lecture des livres mauvais remplit notre coeur de sentiments mondains et pervers, autant la lecture des livres de piété nous remplit de bonnes pensées et de saints désirs. L'âme qui entretient, par la lecture, de saintes pensées, est plus forte pour résisteraux tentations qui l'assiègent. C'est pourquoi saint Jérôme, écrivant à Salvine, lui disait: "Ayez toujours avec vous quelque bon livre, afin qu'il vous serve de bouclier contre les mauvaises pensées." Dans la lecture des livres de piété, l'âme reçoit du Bon Dieu beaucoup de lumières et de saintes aspirations. "Par la prière, dit saint Jérôme, nous parlons à Dieu; par la lecture, c'est Dieu qui nous parle." Saint Augustin dit que les bons livres sont autant de lettres que Dieu nous envoie, pour nous avertir des dangers que nous courons, nous montrer le chemin du Ciel, nous encourager dans nos souffrances, nous éclairer, et nous embraser de son divin amour. Mais quels livres lirez-vous de préférence ? - Ceux où vous trouvez plus de dévotion, et qui vous portent davantage à vous unir à Dieu. Lisez surtout et souvent les Vies des Saints. Dans les livres qui traitent des vertus, nous apprenons à connaître notre devoir; dans la Vie des Saints, nous constatons les actions d'hommes et de femmes qui étaient de chair comme nous, et qui cependant se sont élevés à une haute perfection. Mais pour retirer beaucoup davantage de la lecture spirituelle, il faut, avant de commencer, prier Dieu pour lui demander ses lumières dans les choses qu'on va lire; faites donc cette prière: "Parlez-moi, Seigneur, faites-moi connaître votre volonté; je veux vous être soumis en tout." Lisez lentement et avec réflexion, "nourrissez votre âme de pieuses lectures", disait saint Augustin; pour que la nourriture soit profitable, il ne faut pas dévorer les aliments, mais les bien mâcher.
(XI. Véritable Epouse. Saint Alphonse de Liguori)




